Auteure : Ginette Labarre, journaliste et recherchiste
Article paru sur le blog de l'auteure le 18 octobre 2010 sous Portraits de femmes … elles nous inspirent …
la vie : l'histoire de Linda

J'ai fait la connaissance de Linda tout à fait par hasard, il y a quelques semaines. En fait, une ancienne relation d'affaires m'avait mentionné qu'elle s'était jointe à Linda pour la mise sur pied d'un projet de centre visant à soutenir les personnes atteintes du cancer et leurs proches et que Linda avait elle-même souffert du cancer du sein.
Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir, quelques semaines plus tard, des nouvelles de Linda qui nous annonçait qu'elle ferait partie du mur des survivantes du cancer du sein en compagnie d'autres femmes qui ont prêté leur visage à la revue Clin d'oeil du mois d'octobre 2010. L'épreuve qu'elle avait traversée m'a beaucoup émue et le courage dont elle faisait preuve en s'affichant publiquement m'a profondément touchée. En regardant le visage de ce petit bout de femme menue, j'ai eu envie de connaître son histoire et de savoir comment on vit avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête. J'ai rencontré Linda il y a quelques jours. Elle a accepté de partager son histoire avec moi afin que je puisse vous la raconter à mon tour. Voici son histoire.
À l'automne 2006, Linda, 44 ans, une jeune mère de deux enfants de 9 et 11 ans, perçoit une petite bosse dans l'un de ses seins alors qu'elle est en voyage aux Bermudes. Par mesure de précaution, elle se rend chez le médecin dès son retour. Peu de temps après cette première visite, en octobre de la même année, le terrible diagnostic tombe: elle est atteinte du stade le plus avancé du cancer du sein : le stade III. Elle est assommée par la nouvelle. Le spectre de la mort danse devant ses yeux : c'est la panique. Qu'arrivera-t-il à ses enfants et comment faire pour leur annoncer qu'elle a un cancer? Combien de temps lui reste t-il à vivre? Si elle survit : qu'en sera-t-il de son corps et de sa féminité? Lui enlèveront-ils un sein ou peut-être les deux? Perdra-t-elle ses cheveux? Les traitements lui font peur. Elle est terrorisée.
Linda a la chance d'avoir accès à une clinique médicale privée où elle est rapidement prise en charge par une équipe de professionnels. Elle se rend à une rencontre de groupe au Centre du sein Ville-Marie. Cette rencontre sera déterminante et d'un grand secours. Rapidement, on lui offre des outils et du support pour l'aider à surmonter le choc et le stress engendrés par le diagnostic qu'elle vient de recevoir. Lorsqu'on apprend que l'on est atteinte d'un cancer du sein, la confusion prend le dessus, on n'arrive plus à réfléchir, tout va trop vite et trop lentement en même temps. Il n'y a plus de sens, plus de direction; une seule idée, obsédante : la maladie et la peur de mourir.
Les informations que lui procurent les professionnels du Centre sur l'intervention chirurgicale, la récupération et les soins postopératoires, les traitements et la gestion de sa santé physique et mentale l'aide à garder le cap même si certains jours il aurait été plus facile de se rouler en petite boule dans le fond de son lit et d'essayer d'oublier la terrible réalité. Linda s'est souvent fait violence pour ne pas baisser les bras. Elle a pleuré, parlé de sa maladie chaque fois qu'elle en a eu besoin et elle a appris à accepter l'aide que lui proposait son entourage. Selon Linda, une des choses les plus difficiles est d'apprendre à lâcher prise, à déléguer et à accepter de ne plus avoir le contrôle de la maisonnée et du quotidien. La maladie ne nous rend pas seulement vulnérable sur le plan physique et émotionnel, mais également dans la capacité à gérer le quotidien et la vie familiale. Quand un membre d'une famille apprend qu'il souffre de cancer, ce n'est pas seulement lui qui est touché, mais tout son entourage immédiat; à savoir : le conjoint, les enfants, les proches, les collègues et les amis. Mais, le plus important est d'écouter les recommandations des médecins et des autres professionnels. Maintenir un équilibre physique et émotif dans une telle situation est primordial.
Au cours des semaines et des mois qui suivent, Linda se demande comment faire pour accepter sa maladie et l'atteinte à sa féminité. Son premier geste, après s'être jointe au groupe d'entraide, aura été de se faire couper les cheveux très courts. Elle se disait qu'au moins, si ses cheveux devaient tomber, le choc serait moins grand le jour où elle les perdra. Souvent, au cours de cette période, Linda se regarde dans le miroir en essayant de comprendre qui est cette femme presque chauve qui n'a pourtant pas l'air malade vue de l'extérieur. Pour guérir, elle sait qu'elle devra accepter les traitements, même si ce poison qui coule en elle l'affaiblit parfois. Elle doit se convaincre à tout prix qu'il est nécessaire d'y avoir recours pour détruire les cellules malades. Elle se questionne sans cesse. Elle prend la décision d'être davantage à l'écoute de son corps et de se donner toutes les chances de réussir son combat, coûte que coûte.
Nouvelle étape dans le processus d'acceptation de sa condition : Linda fait l'acquisition de « Jessica »; une jolie perruque qui allait remplacer sa chevelure détruite par les traitements agressifs de chimiothérapie. Un bon matin, elle se réveille avec une idée complètement saugrenue en tête. Pourtant, plus elle y songe, plus l'idée lui plaît. Malgré la perte de ses cheveux et la fatigue, elle se sent bien dans sa peau. Elle veut des photos d'elle pour une raison très spécifique : elle espère à travers ce geste rassurer les femmes qui ont peur d'être atteintes dans leur féminité. Sa décision prise, elle choisit au hasard une photographe professionnelle, communique avec elle et lui fait part de son projet et l'informe qu'elle souffre d'un cancer du sein. La photographe accepte sans hésiter. Linda s'est offert un cadeau qui n'avait pas de prix dans le processus d'acceptation de sa maladie. Elle se fera photographier avec et sans perruque et avec un foulard sur la tête. Puis, elle demande à la photographe de faire un montage avec des photos d'elle avant la maladie et avec celles qui venaient d'être prises. Le résultat, étonnant, est une vraie révélation pour Linda. Elle est toujours belle ! La maladie n'a pas réussi à altérer ce qu'il y a de beau chez elle. Elle réalise que sa beauté irradie de l'intérieur. Ses yeux brillent et ressortent davantage. Elle se regarde, satisfaite et heureuse du résultat. Avec ou sans cheveux, elle est toujours elle-même.
Linda décide de faire don de son portfolio au Centre du sein Ville-Marie afin de donner espoir, inspirer et démontrer à toutes celles qui viennent d'être diagnostiquées pour un cancer du sein que leur féminité reste intacte; la beauté n'est pas qu'extérieure, elle vient d'abord de l'intérieur. La perception de soi et l'image que nous croyons projeter sur les autres prennent alors tout leur sens. L'apparence extérieure n'est qu'un élément faisant partie d'un tout que nous appelons « la beauté ».
La psychologue responsable des rencontres de groupes du Centre du sein Ville-Marie trouve l'initiative de Linda extraordinaire et l'invite à venir animer à ses côtés des groupes de femmes nouvellement diagnostiquées. Cette femme courageuse n'avait pas encore terminé ses propres traitements qu'elle rencontrait, toutes les deux semaines, des femmes atteintes de cancer du sein afin de partager son parcours et son expérience. Linda a rencontré bénévolement plus de 400 femmes qui, comme elle lors du diagnostic, étaient terrorisées et déboussolées. Elle a partagé avec elles tous les outils qu'elle avait reçus pour se battre, toute l'énergie qu'elle puisait à même son propre combat pour la vie, sa force et l'espoir qu'elle entretenait de guérir. Ce qu'elle en a retiré? Le sentiment d'avoir aidé d'autres femmes à se battre et une force supplémentaire pour continuer son propre combat.
Certaines lui disaient : « Quand ça ne va pas, je me ferme les yeux et je pense à ton beau sourire et je me dis que tout ira bien, tout comme pour toi ».
Linda leur répétait constamment : « écoute et suit à la lettre ce qu'on te demande de faire pour garder ta santé physique et mentale dans le meilleur état possible ».
Linda marchait tous les jours. Son alimentation était irréprochable, même quand l'appétit lui faisait défaut. Parfois, quand la force lui manquait, elle demandait à une amie ou à un proche de l'accompagner dans sa marche quotidienne. Elle acceptait de se faire aider. Chaque effort semblait la rapprocher de la guérison.
Le 3 octobre dernier, cela a fait quatre ans jour pour jour que Linda a été diagnostiquée pour un cancer du sein. Elle est toujours là, en rémission, pétillante et des projets pleins la tête. Elle n'arrête pas deux minutes. Elle vit ses projets avec la même énergie qui lui a permis de se battre quatre ans plus tôt. Elle travaille à la mise sur pied d'un centre de bien-être sur un modèle existant aux États-Unis et ailleurs au Canada ayant fait ses preuves et elle projette d'écrire un guide à l'intention des personnes atteintes du cancer du sein.
Le futur? Qui sait?! Il faut vivre le moment présent. Il faut vivre intensément et ne pas trop penser à demain, à la semaine prochaine ou à ce qui pourrait survenir dans cinq ans. Face à l'adversité, Linda a fait preuve d'ouverture et de combativité. Il s'est créé autour d'elle un mouvement de solidarité de la part de son entourage, mais également par bon nombre d'individus rencontrés sur sa route depuis ce fameux 3 octobre 2006. Ils ont mené et continuent de mener, à ses côtés, ce dur combat afin que d'autres femmes en sortent victorieuses.
Une phrase de Linda restera gravée dans ma mémoire à jamais : « Je ne me suis pas battue contre la mort, mais pour la vie ».
On peut joindre l'auteure par courrier électronique à ginette.labarre@videotron.ca
À l'exclusion du cancer de la peau autre que le mélanome, le cancer du sein est la forme de cancer la plus répandue chez les Canadiennes. En 2010 :
Une femme sur neuf risque d'avoir un cancer du sein au cours de sa vie. Une femme sur 28 en mourra.
L'incidence du cancer du sein a augmenté constamment entre 1980 et le début des années 1990, tendance qui s'explique en partie par le recours accru au dépistage par mammographie. Les taux de mortalité par cancer du sein diminuent pour tous les groupes d'âge depuis au moins le milieu des années 80.
Référence : Société canadienne du cancer